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Ainsi ai-je essayé de rendre le calembour allemand qui joue sur les mots Hausleftrer précepteur, litt. La stylisation tout en métonymie de Melville sied idéalement aux actions clandestines de la Résistance et à la traque nazie. Il s'abandonnait à un pessimisme sublime: puisque le métier de soldat était un fer rouge et acéré, il fallait porter ce fer dans les plaies du monde pour le guérir. Rester ou partir à Paris? Jour et nuit, on voyage en elle, et l'on en fait bien d'autres: on s'y rase, on y mange, on y aime, on y lit des livres, on y exerce sa profession comme si les quatre murs étaient immobiles, mais l'inquiétant, c'est que les murs bougent sans qu'on s'en aperçoive et qu'ils projettent leurs rails en 39 avant d'eux-mêmes comme de longs fils qui se recourbent en tâtonnant, sans qu'on sache jamais où ils vont.

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C'est la fin de la première partie du roman. Agathe est-elle la rédemption si ardemment et secrètement souhaitée? C'est le début de la deuxième partie du roman. Il faudra bièn, un jour, essayer de comprendre les motifs de l'extraordinaire fréquence du thème de l'inceste dans la littérature du croissant baroque, de la Sicile à la Pologne. Elle ne dure qu'un instant. La Nature n'a que faire de ces accès romantiques, la Nature est parfaitement, vertigineusement indifférente.

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Elle mène directement à l'annihilation du dialogue, à l'explosion de la réalité, à la précipitation de leurs amis dans le néant, à l'éclatement du sens. De telle sorte que l'inachèvement du roman de Musil était inscrit dans la trame du récit. LOrsque Musil en prend conscience après quelques années d'efforts réitérés et malhabiles, il pose son stylo. Il vient d'inachever la Nausée. Qu'est-ce que la Nausée, dont l'invention littéraire revient, rappelons-le, non à Sartre mais à un autre Autrichien, Hugo von Hofmannsthal?

La Nausée, c'est la perte de l'unité de l'être et c'est la fragmentation de la réalité en milliards de petits morceaux qui n'ont plus aucun lien entre eux et dont la somme des sensations et perceptions ne parvient plus à faire une totalité. Et pourtant, il faut vivre, survivre, à coups de petites extases fulgurantes qui s'empilentindéfiniment dans la conscience vide privée de tout pôle magnétique. Au début du siècle. La Nausée métaphysiquement ampoulée de Sartre en France; la Nausée grinçante et grimaçante de Gombrowicz en Pologne Ferdydurke ; la Nausée sociale et fraternelle de Faulkner aux États-Unis Pylone, la plus belle des nausées La Nausée autrichienne, nausée de l'intelligence mise en demeure de comprendre et de transformer le monde, s'appelle L'Homme sans qualités Thomas Bernhard et toute la littérature autrichienne contemporaine en perpétuent l'indélébile malédiction.

En , il publie son premi" roman, Les Désarrois de l'élève Tôrless, remarquable et remarqué. Il décide alors de se consacrer entièrement à la littérature. En , il quitte Berlin pour Vienne. Il a laissé un important Journal des Aphorismes, Discours et Essais. D'où, chose remarquable, rien ne s'ensuit. On signalait une dépression au-dessus de l'Atlantique; elle se déplaçait d'ouest en est en direction d'un anticyclone situé au-dessus de la Russie, et ne manifestait encore aucune tendance à l'éviter par le nord.

Les isothermes et les isothères remplissaient leurs obligations. Le rapport de la température de l'air et de la température annuelle moyenne, celle du mois le plus froid et du mois le plus chaud, et ses variations mensuelles apériodiques, était normal. La tension de vapeur dans l'air avait atteint son maximum, et l'humidité relative était faible.

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Autrement dit, si l'on ne craint pas de recourir à une formule démodée, mais parfaitement judicieuse: c'était une belle journée d'août Du fond des étroites rues, les autos filaient dans la clarté des places sans profondeur. La masse sombre des piétons se divisait en cordons nébuleux. Aux points où les droites plus puissantes de la vitesse croisaient leur hâte flottante, ils s'épaississaient, puis s'écoulaient plus vite et retrouvaient, après quelques hésitations, leur pouls normal.

A ce seul bruit, sans qu'on en pût définir pourtant la Il singularité, un voyageur eût reconnu les yeux fermés qu'il se trouvait à Vienne, capitale et résidence de l'Empire. On reconnaît les villes à leur démarche, comme les humains. Ce même voyageur, en rouvrant les yeux, eût été confirmé dans son impression par la nature du mouvement des rues, bien avant d'en être assuré par quelque détail caractéristique. Et s'imaginerait-il seulement qu'il le pût, quelle importance? C'est depuis le temps des nomades, où il fallait garder en mémoire les lieux de pâture, que l'on surestime ainsi la question de l'endroit où l'on est.

Il serait important de démêler pourquoi, quand on parle d'un nez rouge, on se contente de l'affirmation fort imprécise qu'il est rouge, alors qu'il serait possible de le préciser au millième de millimètre près par le moyen des longueurs d'onde; et pourquoi, au contraire, à propos de cette entité autrement complexe qu'est la ville où l'on séjourne, on veut toujours savoir exacteme.

Ainsi est-on distrait de questions plus importantes. Il ne faut donc donner au nom de la ville aucune signification spéciale. Comme toutes les grandes villes, elle était faite d'irrégularité et de changement, de choses et d'affaires glissant l'une devant l'autre, refusant de marcher au pas, s'entrechoquant; intervalles de silence, voies de passage et ample pulsation rythmique, éternelle dissonance, éternel déséquilibre des rythmes; en gros, une sorte de liquide en ébullition dans quelque récipient fait de la substance durable des maisons, des lois, des prescriptions et des traditions historiques.

Bien entendu, les deux personnes qui remontaient une des artères les plus animées de cette ville n'avaient à aucun degré ce sentiment. En admettant que ces deux personnes se nomment Arnheim et Hermeline Tuzzi, et la chose étant impossible puisque Mme Tuzzi, en août, se trouve à Bad-Aussee en compagnie de son mari et que le 12 Dr Arnheim est encore à Constantinople, une question se pose: qui est-ce?

Ce sont là des questions qui se posent souvent, dans la rue, aux esprits éveillés. Elles se résolvent d'ailleurs curieusement, c'est-à-dire qu'on les oublie pour peu que, dans les cinquante mètres qui suivent, l'on n'ait pas réussi à se rappeler où l'on a bien pu voir ces têtes-là.

Les deux personnes dont je parle s'arrêtèrent tout à coup à la vue d'un attroupement. Un instant auparavant, déjà, quelque chose avait dévié, en mouvement oblique; quelque chose avait tourné, dérapé: c'était un gros camion, freiné brutalement, ainsi qu'on pouvait le voir maintenant qu'il était échoué là, une roue sur le trottoir. Aussitôt, comme les abeilles autour de l'entrée de la ruche, des gens s'étaient agglomérés autour d'un petit rond demeuré libre.

On y voyait le chauffeur descendu de la machine, gris comme du papier d'emballage, expliquer l'accident avec des gestes maladroits. Les gens qui s'étaient approchés fixaient leurs regards sur lui, puis les plongeaient prudemment dans la profondeur du trou où un homme, qui semblait mort, avait été étendu au bord du trottoir.

L'accident était dû, de l'avis presque général, à son inattention. L'un après l'autre, des gens s'agenouillaient à côté de lui, voulant faire quelque chose; on ouvrait son veston, on le refermait, on essayait d'asseoir le blessé, puis de le coucher de nouveau; on ne cherchait, en fait, qu'à occuper le temps en attendant que Police-secours apportât son aide autorisée et compétente.

La dame et son compagnon s'étaient approchés eux aussi et, par-dessus les têtes et les dos courbés, avaient considéré l'homme étendu. Alors, embarrassés, ils firent un pas en arrière. La dame ressentit au creux de l'estomac un malaise qu'elle était en droit de prendre pour de la pitié; c'était un sentiment d'irrésolution paralysant.

Sans doute avait-elle entendu le terme une ou deux fois, mais elle ne savait pas ce qu'était un chemin de freinage et d'ailleurs ne tenait pas à le savoir; il lui suffisait que l'affreux incident pût être intégré ainsi dans I3 un ordre quelconque, et devenir un problème technique qui ne la concernait plus directement. Du reste, on entendait déjà l'avertisseur strident d'une ambulance, et la rapidité de son intervention emplit d'aise tous ceux qui l'attendaient. Ces institutions sociales sont admirables.

On souleva l'accidenté pour l'étendre sur une civière et le pousser avec la civière dans la voiture. Des hommes, vêtus d'une espèce d'uniforme, s'occupèrent de lui, et l'intérieur de la machine, qu'on entr'aperçut, avait l'air aussi propre et bien ordonné qu'une salle d'hôpital.

On s'en alla, et c'était tout juste si l'on n'avait pas l'impression, justifiée, que venait de se produire un événement légal et réglementaire. Quand on l'a porté dans la voiture, ça en avait tout l'air. Comment était logé l'Homme sans qualités.

La rue dans laquelle ce petit accident s'était produit était une de ces longues artères sinueuses qui, partant du centre de la ville comme les rayons d'une roue, traversent les quartiers extérieurs et débouchent dans la banlieue. Si le couple élégant l'avait suivie un instant encore, il aurait découvert quelque chose qui sans doute l'eût ravi. C'était, en partie sauvegardé, un jardin du XVIII' ou même du XVII' ; en passant devant la grille de fer forgé, on apercevait entre des arbres, sur une pelouse tondue avec soin, quelque chose comme un petit château à courtes ailes, un pavillon de chasse ou une folie des temps passés.

Et quand cette petite chose blanche et gracieuse avait ses fenêtres ouvertes, le regard pénétrait dans le silence distingué d'un appartement d'universitaire aux parois tapissées de livres. Cette demeure appartenait à l'Homme sans qualités. Si l'on pouvait mesurer les sauts de l'attention, l'activité des muscles oculaires, les oscillations pendulaires de l'âme et tous les efforts qu'un homme doit s'imposer pour se maintenir debout dans le flot de la rue, on obtiendrait probablement avait-il songé, essayant comme par jeu de calculer l'incalculable une grandeur en comparaison de laquelle la force dont Atlas a besoin pour porter le monde n'est rien, et l'on pourrait mesurer l'extraordinaire activité déployée de nos jours par celui-là même qui ne fait rien.

C'était, pour l'instant, le cas de l'Homme sans qualités. Mais celui qui fait quelque chose? L'activité musculaire d'un bourgeois qui va tranquillement son chemin tout un jour est considérablement supérieure à celle d'un athlète soulevant, une fois par jour, un énorme poids; ce fait a été confirmé par la physiologie; ainsi donc, même ses petites activités quotidiennes, dans leur somme sociale et par la faculté qu'elles ont d'être sommées, produisent infiniment plus d'énergie que les actes 15 héroïques; l'activité héroïque finit même par sembler absolument dérisoire, grain de sable posé sur une montagne avec l'illusion de l'extraordinaire.

L'Homme sans qualités fut enchanté par cette idée. Il est toutefois nécessaire d'ajouter que si elle lui plaisait, ce n'était pas qu'il aimât la vie bourgeoise; mais simplement qu'il aimait contrecarrer un peu ses penchants, naguère tout autres.

Peut-être est-ce précisément le petitbourgeois qui pressent l'aurore d'un nouvel héroïsme, énorme et collectif, à l'exemple des fourmis. Qui pourrait, aujourd'hui déjà, le savoir?

De telles questions, toutes de la plus grande importance, et qui demeuraient sans réponse, il y en avait alors à foison. Elles étaient dans l'air, elles vous brûlaient les pieds. Le temps se déplaçait. Ceux qui n'ont pas vécu à cette époque se refuseront à le croire, mais le temps, alors déjà, se déplaçait avec la rapidité d'un chameau: cela n'est pas d'aujourd'hui.

Seulement, on ne savait pas où il allait. Puis, on ne pouvait pas distinguer clairement ce qui était en haut de ce qui était en bas, ce qui avançait de ce qui reculait. Même un homme sans qualités peut avoir un père à qualités. Quand l'Homme sans qualités, quelque temps auparavant, était rentré de l'étranger, ce n'était au fond que par inso16 lence, et parce qu'il avait horreur des appartements ordinaires, qu'il avait loué ce petit château; celui-ci, naguère résidence d'été aux portes de la ville, avait perdu son sens, quand la ville l'avait submergé, pour n'être plus enfin qu'une parcelle hors d'usage, attendant la hausse des prix, et que personne n'habitait.

Le loyer en fut par conséquent minime; mais il fallut des sommes considérables et inattendues pour le reste, c'est-à-dire pour tout remettre en état et tout adapter aux exigences du présent; c'était devenu une aventure dont l'issue contraignit l'Homme sans qualités à recourir à son père, chose fort peu agréable pour quelqu'un qui, comme lui, aimait l'indépendance.

Il avait trente-deux ans, et son père en avait soixante-neuf. Le vieux monsieur fut épouvanté. Non pas tant à cause de cette attaque brusquée, bien qu'à cause d'elle aussi, car il avait horreur d'être pris à l'improviste; pas davantage à cause de la contribution qu'il devait fournir, car il se félicitait, au fond, que son fils eût manifesté le besoin d'un intérieur et d'un ordre personnel. Mais qu'on s'appropriât une maison à laquelle on ne pouvait donner d'autre nom que celui de château, ou même simplement de pavillon, heurtait ses sentiments profonds et l'inquiétait comme une présomption de mauvais augure.

Lui-même avait débuté comme précepteur dans de grandes maisons, au temps de ses études; plus tard, stagiaire chez un avocat, et alors même que ce n'était plus une nécessité, son propre père étant déjà un homme aisé, il avait continué. Par la suite, devenu privatdocent, puis professeur à l'Université, il se sentit payé de ses peines; car le soin qu'il avait mis à entretenir ces relations fit qu'il s'éleva peu à peu au grade d'avocat-conseil de la quasi-totalité de la noblesse féodale de son pays, bien qu'il n'eût plus besoin, alors, d'un à-côté.

Mieux encore: longtemps après que la fortune ainsi amassée eut réussi à soutenir la comparaison avec la dot d'une famille d'industriels rhénans que lui avait apportée ia mère de son fils, précocement décédée, il gardait encore les relations qu'il avait nouées dans la jeunesse et consolidées dans l'âge mûr.

Bien que l'érudit, parvenu désormais aux honneurs, se fût retiré des affaires juridiques 17 et n'exerçât plus qu'occasionnellement une activité grassement payée d'expert, tous les événements qui touchaient au cercle de ses anciens protecteurs n'en furent pas moins soignèusement consignés dans son journal, reportés avec la plus grande minutie des pères aux fils et aux petits-fils, et il n'était pas de promotion, de mariage, de fête ou d'anniversaire sans qu'une lettre, délicat mélange de déférence et de souvenirs communs, vînt en féliciter le destinataire.

Non moins ponctuelles étaient à chaque fois les réponses, brèves, qui remerciaient le cher ami et l'estimé savant. Ainsi son fils découvrit-il dès sa jeunesse ce don, typiquement aristocratique, d'un orgueil dont les pesées sont presque inconscientes, mais néanmoins infaillibles: savoir mesurer exactement le degré d'amabilité requis; et la servilité, devant les propriétaires de chevaux, de domaines et de traditions, d'un homme qui appartenait pourtant à la noblesse de l'esprit, l'avait toujours exaspéré.

Mais si son père ne sentait pas cela, ce n'était point par calcul, seul son instinct naturel l'avait fait ainsi thésauriser une grande carrière: ,il devint non seulement professeur, membre d'académies diverses et de maint comité scientifique ou politique, mais encore chevalier, commandeur et même grand-croix d'ordres importants, jusqu'à ce que Sa Majesté, après l'avoir nommé membre de la Chambre des Seigneurs, lui accordât finalement la noblesse héréditaire.

Dans cette assemblée, l'érudit, ainsi distingué, se rallia à l'aile bourgeoise libérale, qui se trouvait parfois en opposition avec le parti de la haute noblesse; il est significatif qu'aucun de ses nobles protecteurs ne lui en ait voulu ou ne s'en soit même étonné: on n'avait jamais vu en lui autre chose que l'incarnation de la bourgeoisie montante. Le vieux monsieur prenait une part active aux travaux de législature, et même quand un scrutin le trouvait du côté bourgeois, l'autre côté, loin d'en éprouver quelque rancune, feignait d'ignorer ce manque de tact.

Son activité politique se confondait avec ce qui avait été jadis sa fonction; il s'agissait toujours de concilier une science supérieure et parfois prudemment réformiste avec l'impression qu'on pouvait néanmoins se reposer sur son dévouement personnel, et le précepteur des fils, devenu 18 précepteur des Pairs l, comme disait plaisamment son héritier, n'avait apporté à cette méthode aucune modification essentielle. Lorsqu'il apprit l'histoire du château, il y vit aussitôt la transgression d'une limite non définie par la loi, mais qu'il fallait, pour cette raison même, respecter d'autant plus scrupuleusement; il fit à son fils des reproches plus amers encore qu'aucun de ceux qu'il lui avait déjà faits au cours des années ; et ces reproches sonnaient comme la sombre prophétie du commencement de la fin.

Le sentiment fondamental de sa vie était offensé. Comme chez beaucoup d'hommes qui atteignent à une situation importante, c'était, à mille lieues de tout égoïsme, un amour profond pour ce que l'on pourrait appeler l'utilité publique et suprapersonnelle, en d'autres termes, un respect tout honorable de cela sur quoi l'on fonde son avantage, non point parce qu'on le fonde, mais en même temps qu'on le fonde, en harmonie avec ce fait, c'est-à-dire, somme toute, pour des raisons tout à fait générales.

La chose est d'importance: un chien de race, s'il cherche sa place sous la table à manger sans se laisser détourner par les coups de pied, ce n'est point par bassesse de chien, mais par attachement et fidélité; et dans la vie, ceux-là mêmes qui calculent froidement n'ont pas la moitié du succès qu'obtiennent les esprits bien dosés, capables d'éprouver, pour les êtres et les relations qui leur sont profitables, des sentiments vraiment profonds.

S'il Y a un sens du réel, il doit y avoir aussi un sens du possible. Quand on veut enfoncer les portes ouvertes avec succès, il ne faut pas oublier qu'elles ont un solide chambranle: ce 1. Ainsi ai-je essayé de rendre le calembour allemand qui joue sur les mots Hausleftrer précepteur, litt. Chambre des seigneurs. Mais s'il y a un sens du réel, et personne ne doutera qu'il ait son droit à l'existence, il doit bien y avoir quelque chose que l'on pourrait appeler le sens du possible.

L'homme qui en est doué, par exemple, ne dira pas: ici s'est produite, va se produire, doit se produire telle ou telle chose; mais il imaginera: ici pourrait, devrait se produire telle ou telle chose; et quand on lui dit d'une chose qu'elle est comme elle est, il pense qu'elle pourrait aussi bien être autre.

On voit que les conséquences de cette disposition créatrice peuvent être remarquables; malheureusement, il n'est pas rare qu'elles fassent apparaître faux ce que les hommes admirent et licite ce qu'ils interdisent, ou indifférents l'un et l'autre Ces hommes du possible vivent, comJl e on dit ici, dans une trame plus fine, trame de fumée, d'imaginations, de rêveries et de subjonctifs; quand on découvre des tendances de ce genre chez un enfant, on s'empresse de les lui faire passer, on lui dit que ces gens sont des rêveurs, des extravagants, des faibles, d'éternels mécontents qui savent tout mieux que les autres.

Quand on veut les louer au contraire, on dit de ces fous qu'ils sont des idéalistes, mais il est clair que l'on ne définit jamais ainsi que leur variété inférieure, ceux qui ne peuvent saisir le réel ou l'évitent piteusement, ceux chez qui, par conséquent, le manque de sens du réel est une véritable déficience. Néanmoins, le possible ne comprend pas seulement les rêves des neurasthéniques, mais aussi les desseins encore en sommeil de Dieu.

La terre n'est pas si vieille, après tout, et jamais, semble-t-il, elle ne fut dans un. Toutes les possibilités que contiennent, par exemple, mille marks, y sont évidemment contenues, qu'on les possède ou non; le fait que toi ou moi les possédions ne leur ajoute rien, pas plus qu'à une rose ou à une femme.

C'est la réalité qui éveille les possibilités, et vouloir le nier serait parfaitement absurde. Néanmoins, dans l'ensemble et en moyenne, ce seront toujours les mêmes possibilités qui se répéteront, jusqu'à ce que vienne un homme pour qui une chose réelle n'a pas plus d'importance qu'une chose pensée. C'est celui-là qui, pour la première fois, donne aux possibilités nouvelles leur sens et leur destination, c'est celui-là qui les éveille.

Mais un tel homme est chose fort équivoque. Comme ses idées, dans la mesure où elles ne constituent pas simplement d'oiseuses chimères, ne sont que des réalités non encore nées, il faut, naturellement, qu'il ait le sens des réalités; mais c'est un sens des réalités possibles, lequel atteint beaucoup plus lentement son but que le sens qu'ont la plupart des hommes de leurs possibilités réelles.

L'un poursuit la forêt, si l'on peut ainsi parler; l'autre les arbres; et la forêt est une entité malaisément exprimable, alors que des arbres représentent tant et tant de mètres cubes de telle ou telle qualité. Mais voici peut-être qui est mieux dit: l'homme doué de l'ordinaire sens des réalités ressemble à un poisson qui cherche à happer l'hameçon et ne voit pas la ligne, alors que l'homme doué de ce sens des réalités que l'on peut aussi nommer sens des possibilités traîne une ligne dans l'eau sans du tout savoir s'il y a une amorce au bout.

A une extraordinaire indifférence pour la vie qui va mordre à l'hameçon correspond chez lui le danger de sombrer dans une activité toute spleenétique. Un homme non pratique et celui-ci n'en a pas seulement l'apparence, mais il l'est foncièrement reste, dans le commerce des hommes, peu sûr et indéchiffrable.

Il commettra des actions qui auront pour lui un tout autre sens que pour les autres, mais il se consolera 21 de n'importe quoi, pour peu que ce n'importe quoi puisse être résumé en une idée exceptionnelle. Au surplus, aujourd'hui encore, il est fort loin d'être tout à fait conséquent. Ainsi se peut-il fort bien qu'un crime dont un autre que lui se trouve pâtir ne lui semble qu'une erreur sociale dont le responsable n'est pas le criminel, mais l'organisation de la société.

En revanche, il n'est pas certain, s'il reçoit une gifle, qu'il la subisse comme un affront de la société ou ne serait-ce qu'une offense aussi impersonnelle que la morsure d'un chien; il est plus probable qu'il commencera par la rendre; après seulement, il admettra qu'il n'aurait pas dû le faire.

Enfin, si on lui vole sa maîtresse, il est douteux qu'il puisse faire totalement abstraction de la réalité de cet incident et s'en dédommage par la surprise d'un sentiment nouveau.

Cette évolution n'en est encore qu'à ses débuts et représente, pour l'individu, une force autant qu'une faiblesse. Comme la possession de qualités présuppose qu'on éprouve une certaine joie à les savoir réelles, on entrevoit dès lors comment quelqu'un qui, fût-ce par rapport à lui-même, ne se targue d'aucun sens du réel, peut s'apparaître un jour, à l'improviste, en Homme sans qualités. L'Homme sans qualités dont il est question dans ce récit s'appelait Ulrich, et Ulrich qu'il est désagréable de devoir continuellement nommer par son prénom quelqu'un que l'on ne connaît encore qu'à peine!

Or le patriotisme, en Autriche, était quelque chose de tout à fait particulier. Comme les enfants sont fanfarons, qu'ils aiment jouer aux gendarmes et aux voleurs et sont toujours prêts à tenir pour la première du monde la famille Y.

En Autriche, les choses étaient un peu moins simples: si les Autrichiens étaient bien sortis vainqueurs de toutes les guerres de leur histoire, la plupart d'entre elIes ne les en avaient pas moins obligés à quelque cession. Ce sont des choses qui font penser. Dans sa dissertation sur l'amour du pays, Ulrich écrivit qu'un véritable patriote ne devait pas se croire en droit de juger son pays meilleur que les autres; et même, en un éclair qui lui parut particulièrement beau, bien que sa lueur l'eût plutôt ébloui qu'illuminé, il avait ajouté à cette phrase déjà suspecte une autre phrase: à savoir que Dieu lui-même préfère sans doute parler de sa création au potentiel hic dixerit quispiam: ici, l'on avancera peut-être que Ulrich avait été très fier de cette phrase, mais peut-être ne s'était-il pas exprimé assez clairement, car elIe provoqua un véritable scandale, et on faillit le chasser de l'école; mais on ne résolut rien, incapable qu'on était de décider s'il falIait voir dans sa téméraire observation un outrage à la patrie ou un blasphème.

II poursuivait alors son éducation au lycée Marie-Thérèse, établissement distingué qui fournissait à l'État ses plus nobles soutiens; et son père, irrité de l'affront que lui valait ce fils indigne, l'envoya à l'étranger, dans un petit institut belge sis dans une ville inconnue et qui, administré avec un heureux sens de l'industrie et n'exigeant que des prix modiques, avait un grand mouvement d'élèves plus ou moins dévoyés.

Ulrich y apprit à étendre à toutes les nations son dédain de l'idéal des autres. Ulrich ne les regrettait pas plus qu'il n'en. Entre-temps, il avait vécu ici ou là, parfois aussi, brièvement, dans sa patrie, et partout il avait fait des choses estimables et d'autres inutiles.

On a déjà laissé entendre qu'il était mathématicien, et il n'est pas besoin d'en dire davantage à ce sujet pour l'instant; en effet, dans t0ute profession, pourvu qu'on l'exerce par amour et non pour de l'argent, arrive un moment où les années qui s'accumulent paraissent ne plus mener à rien.

Après que ce moment eut quelque peu traîné en longueur, Ulrich se rappela qu'on accorde au pays natal le mystérieux pouvoir de rendre à la réflexion des racines et un terreau, et il s'y installa avec les sentiments d'un promeneur qui s'assied sur un banc pour l'éternité, tout en pressentant déjà qu'il ne va pas tarder à le quitter. C'est alors que, mettant de l'ordre dans sa maison, comme dit la Bible, il fit une expérience dont l'attente avait été, somme toute, sa véritable occupation.

De la restauration fidèle à l'irrespect total, il avait le choix entre toutes les méthodes, et tous les styles, des Assyriens au cubisme, se présentaient à son esprit. Quel choix fallait-il faire?

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L'homme moderne naît en clinique et meurt en clinique: il faut que sa demeure ressemble à une clinique! Cet impératif venait d'être formulé par un architecte d'avant-garde, tandis qu'un autre, réformateur de l'aménagement, exigeait des parois amovibles sous prétexte que l'homme doit apprendre à vivre en confiance avec son semblable et cesser de s'en isoler par goût du séparatisme. Des temps nouveaux venaient de commencer il en commence à chaque minute : à temps nouveaux, style nouveau!

Après un examen approfondi de ces revues, il décida qu'il aimait encore mieux prendre lui-même en main l'aménagement de sa personnalité, et il se mit à dessiner son futur mobilier. Mais, à peine avait-il imaginé quelque forme expressive et puissante qu'il songeait qu'on pourrait tout aussi bien la remplacer par une forme fonctionnelle, svelte et robuste comme une machine; quand il projetait une forme de style béton armé, comme émaciée par sa propre puissance, il se.

C'était là dans une affaire qui, somme toute, ne le touchait pas de fort près , cette fameuse incohérence des idées, cette prolifération privée de centre qui caractérisent le temps présent et en constituent l'arithmétique particulière, ce coupage de cheveux en quatre à la poursuite d'une unité toujoùrs fuyante. Ulrich finit par ne plus imaginer que des pièces. Il en arriva enfin au point vers lequel il avait été secrètement attiré. Ulrich se répétait ces sentences avec ravissement. Cette sagesse ancestrale lui semblait d'une extraordinaire nouveauté.

Il faut que l'homme se sente d'abord limité dans ses possibilités, ses sentiments et ses projets par toutes sortes de préjugés, de traditions, d'entraves et de bornes, comme un fou par la camisole de force, pour que ce qu'il réalise puisse avoir valeur, durée et maturité En vérité, c'est à peine si l'on peut mesurer la portée de cette idée! Lui-même se contenta de rafraÎ- 25 chir les lignes anciennes qui étaient déjà indiquées, les sombres ramures de cerf sous les voûtes blanches du petit vestibule, le sévère plafond du salon; pour le reste, il ajouta tout ce qui lui parut pratique et confortable.

Quand tout fut terminé, il ne lui resta plus qu'à secouer la tête en se disant: voilà donc la vie qui est censée être la mienne? C'était un délicieux petit palais qu'il possédait là ; du moins pouvait-on l'appeler ainsi, car il était exactement tel qu'on se figure une de ces résidences de bon goût pour grands personnages imaginées par les maisons de meubles et de tapis, les ensembliers qui sont dans ce domaine à l'avant-garde.

Il était à peine redescendu de la lune qu'il se réinstallait comme s'il ne l'avait jamais quittée. Quand on a mis de l'ordre dans sa maison, il faut se chercher une femme. En ce temps-là, l'amie d'Ulrich s'appelait Léontine et chantait dans un petit théâtre de Variétés; elle était grande, élancée. Elle l'avait frappé par les humides ténèbres de ses yeux, quelque expression douloureusement passionnée de son beau, long et régulier visage, et les chansons pleines de sentiment qui tenaient lieu, chez eUe, de chansons obscènes.

Ces chansonnettes démodées avaient pour thème l'Amour, la Fidélité, la Séparation, les Murmures de la forêt ou les Truites étincelantes. Léone, grande et seule jusqu'à la moelle des os, était debout sur la petite scène et patiemment, d'une voix de mère de fami1le, jetait ses chansons au 26 public; les rares fois où s'y glissaient malgré tout de légères incongruités, l'effet en était d'autant plus saugrenu que cette fille soulignait des mêmes gestes, péniblement épelés, le tragique et le facétieux.

Il est vrai qu'on rencontre à chaque époque toute espèce de visages; mais, à chaque fois, le goût du jour en distingue un dont il fera le visage du bonheur et de la beauté, et tous les autres visages, désormais, s'efforceront de lui ressembler; même les plus laids s'en approchent, avec l'aide de la mode et des coiffeurs; et seuls n'y parviennent jamais, nés pour d'étranges succès, ces visages en qui s'exprime sans concession l'idéal de beauté royal, mais évincé, d'une époque antérieure.

Ces visages passent comme les cadavres d'anciens désirs dans la grande irréalité du commerce amoureux, et chez les hommes qui contemplaient bouche bée le vaste ennui des chants de Léontine sans comprendre ce qui leur arrivait, les ailes du nez étaient agitées de tout autres sentiments que devant les hardies chanteuses à coiffure tango.

Alors Ulrich décida de l'appeler Léone, et sa possession lui parut aussi enviable que celle d'une peau de lion préparée par le pelletier.

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Cependant, dès le début de leur intimité, Léone déploya encore une autre qualité inactuelle: elle était incroyablement vorace, et c'est un vice dont la culture intensive est depuis longtemps passée de mode. Il avait pour origine la convoitise, enfin libérée, qu'elle avait éprouvée jadis, enfant pauvre, pour les friandises coûteuses; mais il avait acquis la force d'un idéal qui a fini par briser sa cage et devenir le maître. Bien que l'on ne pût vraiment affirmer qu'elle 27 n'était pas sensuelle, il faudrait dire, dans la mesure où on en a le droit, qu'elle se montrait, dans ce domaine comme dans les autres, plutôt paresseuse et peu encline au travail.

Chaque excitation, dans son interminable corps, mettait un temps infini à atteindre le cerveau, et il arrivait qu'au milieu de la journée, sans aucune raison, ses yeux commençaient à fondre, alors que,! De même parfois, au beau milieu d'un silence, lui arrivait-il de rire d'une plaisanterie qui lui devenait enfin claire, alors qu'elle l'avait entendue quelques jours auparavant sans la comprendre et sans broncher.

C'est pourquoi, lorsqu'elle n'avait aucune raison particulière de ne pas l'être, elle était extrêmement convenable. Comment elle en était venue à ce métier, il était impossible de le lui faire dire. Apparemment, elle ne le savait plus très bien ellemême. II apparaissait seulement.

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Naturellement, comme il se doit pour colorer un peu le convenable, elle ne craignait nullement d'y glisser parfois quelque inconvenance, mais elle était fermement persuadée que la première chanteuse de l'Opéra impérial n'en agissait pas autrement. En vérité, si l'on tient absolument à nommer prostitution le fait d'offrir pour de l'argent non point toute sa personne, comme il est d'usage, mais seulement son corps, dans ce cas, Léone pratiquait à l'occasion la prostitution.

Mais quand pendant neuf ans, comme elle le faisait depuis sa seizième année, on apprend à connaître la médiocrité des. Et justement, la prostitution est de ces choses qui changent fort, selon qu'on les voit d'en haut ou qu'on les examine d'en bas.

Mais si Léone considérait avec une parfaite objectivité la question sexuelle, elle n'en gardait pas moins son romantisme. Aux tables du beuglant où elle se produisait, Léone faisait son devoir; mais elle rêvait d'un cavalier qui, par une liaison de la durée de son contrat, l'en soulagerait et lui permettrait de s'asseoir, dans une pose distinguée, devant le distingué menu d'un distingué restaurant. Eût-elle cédé alors à ses préférences qu'elle eût goûté de tous les plats en une fois, et c'était pour elle une satisfaction douloureusement contradictoire de pol,lvoir montrer aussi qu'elle savait comment l'on doit choisir et composer un menu raffiné.

Dès les entremets, elle pouvait donner libre cours à sa fantaisie, et il en résultait d'ordinaire un second repas complet, dans, l'ordre inverse.

Léone renouvelait son pouvoir d'absorption avec du café noir et de stimulants mélanges de boissons ; elle s'excitait à coups de surprises jusqu'à ce que sa passion fût satisfaite.

Alors, son corps était empli de tant de choses distinguées qu'il manquait d'éclater. Elle jetait autour d'elle des regards mollement radieux et, bien qu'elle ne fût jamais loquace, se plaisait, dans cet état, à rattacher aux raretés qu'elle avait consommées quelques considérations rétro- 29 spectives.

Quand elle disait Polmone à la Torlogna ou Pommes à la Melville, elle jetait ces mots dans la conversation comme un autre dirait en passant, mais de façon très étudiée, qu'il a parlé au prince ou au lord de ce nom.

Comme les sorties en public avec Léone n'étaient pas précisément du goût d'Ulrich, il transportait ordinairement la cérémonie de son gavage chez lui, où elle devait se contenter d'avoir pour commensaux des ramures de cerf et des meubles de style.

Mais elle s'estimait frustrée par là d'une satisfaction mondaine et, quand l'Homme sans qua1ités l'incitait à l'intempérance solitaire en commandant pour elle les plats les plus inouïs qu'un traiteur puisse livrer, elle se sentait aussi abusée qu'une femme qui s'aperçoit qu'on ne l'aime pas pour son âme.

Elle était belle, elle était chanteuse, elle n'avait pas à se cacher, et chaque soir s'accrochaient à elle les convoitises de quelques douzaines d'hommes qui lui eussent donné raison. Léone le méprisait un peu, bien qu'elle lui restât fidèlement attachée, et Ulrich le savait.

Il savait d'ailleurs fort. Et, quand on ne parvient plus à faire quelque chose dont on fut capable jadis, si stupide que cette chose ait pu être, ce n'en est pas moins exactement comme après une attaque, quand on reste impotent d'une main ou d'une jambe.

Ulrich, quand il voyait le boire et le manger monter à la tête de son amie, sentait flageoler ses prunelles. Avec un peu de prudence, on pouvait lui retirer sa beauté. Plus précisément, elle évoquait aussi la divine Junon, non point la.

Ainsi, le rêve de l'être flottait librement sur la matière. Mais Léone savait qu'une invitation distinguée se, paie, même ,quand celui qui vous invite n'a pas de désirs, et qu'on n'a pas le droit de se laisser simplement considérer bouche bée ; elle se levait donc dès qu'elle en était capable et se mettait à chanter, d'une voix paisible mais sonore. Ces soirées semblaient à son ami quelque feuillet arraché d'un livre, animé par mille inspirations et mille pensées, mais momifié ainsi qu'il arrive à tout ce que l'on détache de son contexte et chargé de cette tyrannie de l'Immuable qui fait le charme inquiétant des tableaux vivants, où l'on dirait que la vie a tout à coup absorbé un somnifère, et la voilà debout, raide, avec sa structure interne et ses limites précises, mais néanmoins, sur l'arrière-plan du monde, monstrueuse d'absurdité.

Dans un moment de faiblesse, Ulrich s'attire une nouvelle amie. Un beau matin, Ulrich rentra chez lui fort mal arrangé. Ses vêtements pendaient à moitié arrachés, il dut poser des compresses sur sa tête contusionnée, il n'avait plus ni sa montre ni son portefeuille.

Il ne savait pas s'ils lui avaient été volés par les trois hommes avec qui il s'était battu, ou si quelque discret philanthrope les avait subtilisés dans le peu de temps où il était resté sans connaissance sur le carreau.

Peine perdue. Nul doute que cette rareté a amplifié le déploiement mythologique de La Maman Rareté relative néanmoins puisque le film est visible sur YouTube. Et Veronika la tragique arpente à jamais et en robe longue notre cinémathèque imaginaire. Mais le temps a retourné en atouts ce qui semblait des faiblesses jusqu'à faire du Mépris le film de Godard que peuvent supporter les anti-Godard, mais qui finalement fascine aussi les grands godardiens. Normal : le film est sublime.

Sublime comme Brigitte Bardot en et c'est désormais comme si l'actrice n'avait tourné qu'un seul film. Comme Capri irradié de soleil par Raoul Coutard. Comme les cordes entêtantes de Georges Delerue. Comme un diagnostic de ce qu'est, en direct, le cinéma moderne du milieu du XXe siècle la mort de la star, le scénariste en panne, le producteur déphasé Un film que, comme le corps nu de Bardot découpé en blason dès la première scène, on peut aimer par morceaux et sa lumière, vous l'aimez sa lumière?

Et sa musique, vous l'aimez? Evidemment pas depuis sa sortie à la veille de la Guerre, puisqu'il connut un échec cinglant et fut amputé par ses distributeurs. Bien sûr, dans certains cercles cf. Ces temps semblent révolus et dans des Top plus récents celui de Time out , celui de Sight and sound C'est donc maintenant contre sa descendance Godard, Eustache Et sinon, le film est génial. Ce bijou, c'est une paire de boucles d'oreilles, qui va presque faire le tour du monde, passer de main en main jusqu'à revenir aux oreilles de celle qui avait voulu s'en défaire.

Entretemps, le bijou a transcendé sa fonction de simple apparat social, ornement non investi d'affect, pour devenir l'objet transitionnel suprême, le fétiche ultime d'un amour absolu. Dans les cristaux d'Ophuls, compositions tout en miroirs, cadres biseautés, plans multi-facettes, tout le monde tourne, la comédie chevauche sur le manège des faux-semblants. La vie et son reflet se confondent. Seul le Grand Amour peut faire voler en éclats la boule de verre.

Nulle autre que l'étourdissante Danielle Darrieux ne pouvait camper une telle coquette métaphysique, passée de la grande valse du jeu social à la plus folle sublimation.

Dans sublimation, il y a sublime. Celui qu'on peut aisément aimer pour d'autres raisons que les grandes lignes de force du système Rohmer voire malgré. Le film est appropriable par beaucoup d'entrées, à commencer par la nostalgie des années Personne n'a su si bien encapsuler leur essence, leur glamour, les rendre désirables merci à Jacno aux platines et Elli bord-cadres.

Le récit est aussi un des plus précisément charpentés, un des mieux twistés de ce grand conteur de Rohmer. Et puis il y a les acteurs : Luchini dans son meilleur rôle encore à des années-lumière de l'auto-guignolisation ; Tcheky Karyo, qui apporte une puissance physique, une brutalité, assez exogènes ; et la plus belle étoile filante du cinéma français : Pascale Ogier.

Une poignée de films dont deux dans ce top , une disparition prématurée à 26 ans, deux mois après la sortie de ces Nuits Parmi les films français de la fin, écrit avec Jean-Claude Carrière, Belle de jour n'a pas cette tonalité de farce satirique qui fait la drôlerie tout en grincements de La Voie lactée, du Charme discret de la bourgeoisie ou du Fantôme de la liberté.

L'humour n'y est pas absent, mais feutré. C'est le trouble qui domine. Celui d'une jeune femme qui entrevoit soudainement sa jouissance comme un précipice. Celui d'une actrice Deneuve qui rencontre le rôle de sa vie. Après avoir réussi l'impensable un mélo pop entièrement chanté : Les Parapluies Dans un Rochefort arc-en-ciel, il mène allegretto un chassé-croisé amoureux extatique où chacun frôle sans cesse son idéal mais voit l'instant de la rencontre toujours différé.

Si l'adjectif jubilatoire ne devait plus, suite à un arrêté de la police des mots dévalués, ne plus qualifier qu'une seule chose en ce monde, ce serait sans contestation possible, ce film. Pour un total de 5 dans le top mais pas, de façon très injuste, Une chambre en ville! Le film est une des deux Palmes d'or à se classer dans le top l'autre est beaucoup plus récente et beaucoup plus bas.

C'est aussi un des deux films de ce classement à se composer en trois parties intitulées Le départ, L'absence, Le retour mais celui-là est l'original. Un des trois films où des personnages avancent immobiles tractés par un chariot mais c'est La Belle et la Bête le modèle.

Et un des neuf films de ce top interprété par Catherine Deneuve, ce qui en fait l'actrice la plus classée who else? Un des deux films de Chris Marker. Le seul constitué presque uniquement d'images fixes eh non! Colloque de chiens de Raul Ruiz n'est pas classé — et c'est pourtant un beau film.

La Jetée est un des films les plus adaptés, pillés, hommagés de l'histoire du cinéma, qui bien que fauché, arty et français a traumatisé Hollywood de L'Armée des 12 singes à Looper. Un autre film absolu sur les boucles du temps. Chris Marker est décédé le 29 juillet Certains ont noté que c'était le jour de son anniversaire de ses 91 ans.

Mais personne n'a dit à ma connaissance qu'ainsi sa vie et sa mort formaient une boucle temporelle parfaite, que l'enfant et le vieillard se rejoignait ainsi à un instant T. Exactement comme en , à Orly, sur la jetée. Qu'elle se tenait tapie là toute proche. Et qu'on pouvait en France inventer un cinéma d'horreur délesté de toutes les ornementations baroques de la Hammer ou d'Hollywood. Un cinéma d'horreur tramé au réalisme et à la précision documentaire.

En , le film n'a pas tellement d'ascendance si ce n'est fugitivement le souvenir de Feuillade. Sa descendance en revanche est sans fin — jusqu'à l'overdose de masques blancs — et son magnétisme ne cesse de croître. Avec le temps, et depuis sa somptueuse restauration en , le film est devenu le plus apprécié de son auteur.

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Il parachève, avec une puissance formelle sans égale, une entreprise de documentation de la France entamée avec Jour de fête, qui voit un pays passer non sans couacs de la ruralité au futurisme. Sorti l'année de sa disparition à 29 ans. Et aussitôt mutilé par des producteurs déçus par son infructueux box-office.

Il faut attendre le début des années 50 pour qu'Henri Langlois restaure le film et rétablisse la version de Vigo. Et voilà L'Atalante voguant sur le cours tranquille d'une postérité éternelle. Elle est partie où, l'autre?

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Il parle de sa fossette. C'est aussi Maurice Pialat qui dit ça par surprise à sa comédienne et arrache à Sandrine Bonnaire un rire contenu qui irradie tout le plan. Un accident heureux, la vie saisie par surprise, un micro-miracle à la Pialat. Cette fossette qui s'en va sans qu'on l'ait vue partir, c'est le Rosebud du film. A la fin, quelque chose s'est évanoui mais nul ne sait très bien quoi. Un père, qui a quitté la maison.

Beaucoup de garçons dans la vie de Suzanne. Probablement un certain état d'innocence. Une appartenance organique à ce clan meurtrier que constitue une famille aussi.

Quelque chose est parti, manque sans qu'on puisse le nommer. Mais indubitablement, quelque chose est passé. La vie sans doute. Jeanne Dielman fait la cuisine, met la table, sert son fils, dîne, débarrasse la table, fait la vaisselle, range la cuisine. Et cela ad libitum, rien moins que trois heures vingt.

Il suffisait de filmer ses actions dans une durée proche du temps réel pour enregistrer quelque chose de jamais vu : une construction sociale la femme au foyer qui ne tolère aucune extériorité, une aliénation consentie qui, si on en dérègle les procédures, aboutit à une catastrophe. Autant de gestes découverts sur un écran pour la première fois dans Jeanne Dielman et qui, par la simple retranscription par les moyens du cinéma, donnent lieu à une véritable sidération.

Géniale extension du domaine du filmable. On ne se risquera pas à affirmer que c'est le plus grand. C'est peut-être en revanche celui où la geste bressonienne, ses enjeux et ses effets, est la plus claire, la plus lisible. Pickpocket pourrait être le parfait objet de démonstration de la machine formelle Bresson, sa mécanique des corps et des gestes, son impressionnante entreprise de réduction du réel et sa fulgurante mise en rapport au métaphysique.

Le dépouillement, au sens propre comme figuré, c'est le projet formel du film et son enjeu scénaristique. Les objets sont séparés de ceux qui les possèdent montres, bijoux, argent. Les gestes sont séparés des corps hallucinant ballet de mains en gros plan.

L'image et le son fonctionnent sur le mode du contrepoint, parfois presque disjoints. Le film est un vaste principe de déconnection.

Tout ce que le monde ou le cinéma donne dans l'illusion de l'unité sera ici défait, décomposé, analysé. Cette séparation faite système, c'est la condition pour qu'à la fin deux êtres soient réunis.

Mais quel long chemin pour Mais plus ambitieuse aussi. Car ces deux heures sont passées au scanner du temps réel. Le temps de la fiction et celui de la projection feignent de se recouper. Ses copines sont bien en peine de répondre. Selon les communautés, le problème varie. Ici, on se désespère qu'elle ne trouve aucun mec, hypostase sur le précédent qui l'a largué il y a déjà deux ans.

L'homme sans qualités, Tome 1

Le problème, c'est surtout celui des autres. Car de toutes les héroïnes des Comédies et proverbes, Delphine est un peu la préférée de son auteur. Là où Louise Les Nuits de la pleine lune était prise à son propre piège, là où Anne La Femme de l'aviateur et Sabine Le Beau mariage doivent composer avec les vicissitudes de l'existence, Delphine, donnée d'abord pour la plus loseuse de toute, se voit gratifiée d'un miracle.

Le miracle ce fameux rayon vert est dans le film. Mais le miracle, c'est aussi le film. Avec Les Nuits de la pleine lune 84 , Rohmer semblait avoir porté son système d'entrelacs d'intrigues, d'hyper maîtrise narrative et dialoguée, à son point de perfection absolue. Avec Le Rayon vert, il le pulvérise, court les plages de France avec une carte des marées en guise de scénario, ouvre son système au contingent et à l'impro, et touche à nouveau au sublime, mais par des chemins pour lui inédits.

N'en déplaise à Vincent Cassel qui déclarait en plein dérapage promo trouver la version de Cocteau lente et ennuyeuse , on ne s' est jamais complètement remis des bras-chandeliers perforant des murs des glory holes?

Leurs mots tournent dans les têtes comme des ritournelles. Une chanson d'amour. Je n'écoute que les chansons. Parce qu'elles disent la vérité. Plus elles sont bêtes, plus elles sont vraies. D'ailleurs, elles ne sont pas bêtes. Elles disent 'Ne me quitte pas, ton absence a brisé ma vie ou Je suis une maison vide sans toi, laisse moi devenir l'ombre de ton ombre ou sans amour on n'est rien du tout'". Le moment est parfaitement choisi pour retourner y voir. Probablement le plus immédiatement réjouissant, où l'utopie de film permanent, sans début ni fin, le jeu aux confins de l'informe, du pur lâcher prise narratif culminant dans Out 1 est à la fois flamboyant et domestiqué dans une forme de comédie entre screwball, Lewis Carroll et Henri James version drag-queen.

C'est peut-être le cinéma indépendant américain, de Recherche Susan désespérément deux filles et des tours de magie à Mulholland Drive deux filles mènent l'enquête , qui s'est le plus souvent embarqué sur le même bateau que Céline et Julie. A bord, c'est toujours le chahut et on tangue joyeusement dans ses roulis gracieux.

Ci-joint un trailer non officiel et reboosté electro par un fan inspiré. Oui absolument, mais aussi inattendue coïncidence! C'est à d'autres jeux interdits que se livrent les gars de L'Inconnu du lac, l'ébouriffant thriller naturiste d'Alain Guiraudie. Même s'il s'agit à nouveau de jouer avec la mort.

Le film aurait à la fois contribué à la mort de son auteur Ophuls disparaît certes de maladie, mais dit-on miné par le chagrin, un an et demi après la catastrophe commerciale et brisé la carrière de son actrice principale Martine Carol, reine du box-office début fifties, engloutie par le naufrage Lola Montès, et maintenue sous l'eau par le tsunami Bardot l'année suivante. Moins parfaitement gracieux que Madame de, le film est un des plus baroques que le cinéma français ait jamais conçu, barnum pré-fellinien, faisant s'entrechoquer dans la plus grande fureur le romanesque de la vie et les arabesques de la représentation.

Ils ont porté et portent encore — enfin, surtout elle le meilleur du cinéma français sur leurs épaules. Et pourtant, étrangement, Gérard Depardieu et Isabelle Huppert ne classent chacun que deux films dans ce top un score très en deçà de ceux de par exemple Belmondo, Piccoli, Seyrig, Bulle Ogier, Deneuve, Lonsdale ou Léaud.

Une jeune femme quitte un homme bourgeois et aisé pour un "loulou" sans profession. Le film, vraiment très ténu dans son récit, n'a pas grand-chose de plus à raconter. Il préfère proposer du partage, du temps commun, de la mise en présence. Tout flotte dans Loulou, mais la vie est là. Celui-ci a pourtant été réalisé anachroniquement au mitan des années 70, à une époque, où le cinéma parlait pourtant tout le temps et où Garrel jugea bon de lui réinjecter un peu de silence.

Même les couleurs font trop de bruit. Silence et noir et blanc pour ne plus regarder qu'un seul visage, celui d'une star déchue de 40 ans, Jean Seberg quinze ans après A bout de souffle, aux prises avec l'alcool, la peur, la solitude, la camisole chimique et la démence. En une heure quinze de gros plans presque exclusifs, une vie entière affleure à la surface d'un visage. Trente-quatre ans plus tard, Garrel racontera recomposées par la fiction les coulisses de cette saisissante expérience de scan existentiel dans La Frontière de l'aube Cette fois, nous descendons des places 26 à Avec ces jump cut abrupts, son travelling en caddie, ses accidents lumineux, ses faux raccord, ses adresses goguenardes à la caméra et sa gestion fantaisiste du récit, le film reste une révolution stylistique inouïe.

Sa nature de série B, même hydrocutée dans les courants les plus vifs de la modernité, en fait un film peut-être moins fascinant, moins inépuisable, que d'autres de Godard comme celui qui, par exemple, s'est hissé dans le top 3.

Date absolue dans l'histoire du cinéma, A Bout de souffle ne pose pas au grand film, est exempt de toute forme de monumentalité. Comment dégager les 12 heures et 40 minutes que nécessite sa vision?

Certains ont pu le voir en salle, tout un après-midi durant et jusqu'au milieu de la nuit. La télévision a préféré le découper en 8 épisodes, ce qui sied assez bien à sa nature de sérial de Feuillade version hippie. Ceux qui ont pu se procurer en DVD pirate ce film rarissime peuvent vivre avec le film, en visionner en boucle certains passages hypnotiques.

Le film est fait pour engloutir son spectateur, pour ne pas le laisser en sortir. Son argument est inspiré de L'Histoire des Treize de Balzac. Il y est question de conspiration et de société secrète. Il faut huit ou neuf heures de récit erratique pour qu'un sens se dessine, qu'on comprenne au détour d'un échange entre Fabian et Lonsdale, que le motif du film, tellement dilaté qu'il en devient difficilement déchiffrable, c'est Mai 68 comme révolution ratée.

Mais il n'y au fond pas d'autre sujet au sublime Out 1 que sa durée. Le temps s'y fait matière et on s'enlise avec délectation dans ses folles excroissances. Dans un appartement parisien du XIVe, dont les fenêtres plongent sur le cimetière Montparnasse, deux femmes entre deux âges se jouent toute la journée la comédie.

Aldrich, Aucune image d'archive des camps, pas de voix off ni de commentaire explicatifs. Juste la littéralité des lieux aux présent, où les stigmates de ce qui s'est joué s'effacent. Et la parole de ceux qui furent les acteurs de cet infernal théâtre où quelque chose de l'humanité s'est rompu. Plus de neuf heures, c'est le temps nécessaire pour que les images désertées par les faits et les mots arrachés au refoulement celui des victimes, mais plus encore celui des bourreaux peu à peu coïncident et fabriquent une image.

Une image qui n'est pas sur l'écran, qui transcende toutes les procédures figuratives de la représentation. Une image qui, pour être seulement invoquée, n'en est pas moins terrassante. Mais cette fois le succès n'est pas au rendez-vous. Mal aimé à sa sortie, le film est amputé de supposées longueurs.

Et il faudra plus de treize ans pour que Truffaut établisse un director's cut de 2h C'est peu dire que le film est un des plus vibrants et fiévreux de son auteur un seul autre se trouve en plus haute position dans ce top Le tumulte romanesque truffaldien atteint son point de perfection épurée. Dans un plan de draps souillés de sang d'Esther Kahn Desplechin, , ou des lettres lues face caméra par leurs auteurs chez Pascale Ferran Lady Chatterley, ou encore Desplechin Maurice Garrel dans Rois et reine, , on mesurera l'influence déterminante de ces belles Anglaises sur une certaine veine du cinéma français des années Et une des deux adaptations du même recueil de Maupassant La maison Tellier et autres nouvelles.

Le sensualisme renoirien se déchaine dans ces ébats champêtres entre une jeune fille de bonne famille et un canotier cool. Les plantes et les êtres bourgeonnent conjointement ; les nuages et les corps exultent en ruisselant. Jamais un orage n'a été si bien filmé. A noter le tournage hyper jet-set a posteriori puisque les trois assistants de Renoir étaient les novices Luchino Visconti, Henri Cartier-Bresson et Jacques Becker.

Et le jeune époux de l'actrice principale est passé sur le tournage le temps d'un cameo en tenue de séminariste. C'était Georges Bataille. Oublier ou se souvenir? Rester ou partir à Paris? Vivre à jamais avec un fantôme ou refaire sa vie? Les cheveux un peu foncés, le visage nu, toute en tension rentrée, regards furtifs, understatement, Deneuve est sublime de bout en bout. Moins survolté que chez Corneau ou Blier, lesté par une tristesse congénitale, Dewaere n'a jamais été aussi émouvant.

Deux sont beaucoup plus bas, et deux sont beaucoup plus haut. Et Lola entre, comme toujours. Entre une vie rêvée et une vie vécue, un amant français exilé en Amérique et un amant américain en transit à Nantes, entre des lignes de vie qui se croisent, entre son rôle de maman et celui d'entraineuse, entre le cinéma hollywoodien le chapeau, la guêpière et le petit nom de Marlène et la Nouvelle Vague c'est Raoul Coutard, quelques mois apres A bout de souffle, qui l'inonde de lumière.